Nous sommes en tournée dans le sud est. C’est plutôt drôlement joli dans l’ensemble.
Nous dormons à l’hôtel, nous mangeons au restaurant midi et soir. Et puis cet accent chantant, ce soleil, on pourrait se croire en vacances.
Pourtant, nous travaillons. Nous jouons et nous travaillons. Curieux métier où l’on joue et travaille en même temps. Il peut y avoir de l’effort dans le loisir et du jeu dans le travail.
Même dans cet environnement touristique, en dehors des temps de représentation, nous ne parvenons pas à nous sentir en vacances. Nous sommes en attente. Comme une parenthèse. Un temps mort entre deux spectacles vivants. C’est un sentiment étrange que de ne pas profiter pleinement d’un lieu, aussi magnifique soit-il. Ce n’est pas le contexte qui est en cause mais notre état d’esprit, notre disponibilité mentale. Pas totalement relâché, pas libre.
Il est, par exemple, déconcertant, voir culpabilisant, de constater que je sature de manger au restaurant. Ce qui fait le bonheur du restaurant, c’est sa rareté, son caractère choisi. Y manger par obligation lui retire son charme. Comme le service parait long quand le désir est absent.
Les chambres d’hôtel se succèdent avec leurs bonnes et mauvaises surprises. Parfois havre de paix, parfois anxiogènes. Je me surprends à y regarder la TV, souvent. Je n’en suis pas très fier. Probablement elle me rassure.
Les théâtres se succèdent. On rencontre des équipes, on compare les accueils. On mesure l’état de conviction, les envies, les lassitudes, les amertumes, les enthousiasmes, les croyances…On entend souvent les mêmes difficultés ; argent, relation avec les élus…
Je souffre parfois du manque de relation avec le public. Parfois, au terme de la représentation, je ne croise pas un spectateur. Le temps de se changer et il n’y plus personne dans le hall du théâtre. Pas un temps de convivialité, pas un verre de quelque chose, prétexte à la rencontre. J’ignore tout des gens qui ont fait l’effort de venir de payer leur place, jusqu’à leur visage.
Je suis bouleversé lorsque quelqu’un fait l’effort de venir me dire son plaisir. Cela me remplit de fierté. Je me contente souvent de dire « merci » en souriant bêtement. J’ai déjà tellement causé sur scène que je me sens vide de mots. Je souris. Gêné et heureux !